Luys — Neurofisiologia e Fisiologia della Fascinazione/fr
Cette page documente les observations neurophysiologiques du Prof. Jules Bernard Luys sur la fascination et l'hypnotisme, tirées principalement des Leçons cliniques (1890). Luys écrit directement inspiré par les résultats de Donato — il le cite explicitement comme celui qui a porté la fascination à l'attention de la science moderne.
Source : Leçons cliniques sur les principaux phénomènes de l'hypnotisme — Drive ISI-CNV
Le modèle neurophysiologique de Luys
Luys construit un système explicatif précis fondé sur trois principes fondamentaux dérivés des observations de Brown-Séquard :
1. Inhibition et Dynamogénie
Les phénomènes hypnotiques et de la fascination ne sont pas mystérieux mais réductibles à deux lois physiologiques ordinaires :
- Inhibition : certaines régions cérébrales sont éteintes — la conscience, la volonté, la sensibilité cutanée
- Dynamogénie : d'autres régions sont simultanément exaltées — la force musculaire, la sensibilité optique, les régions émotionnelles
Luys : «Questi fenomeni d'ipnotismo... non erano, per la maggior parte, che l'espressione generalizzata e amplificata di questi fenomeni d'inibizione e di dinamogenia di cui i lavori di Brown-Séquard hanno arricchito la scienza contemporanea.»
2. La transformation des forces nerveuses
Le phénomène clé : lorsque la sensibilité cutanée disparaît pendant la fascination/léthargie, la même énergie nerveuse **ne disparaît pas mais se transforme et se concentre ailleurs** :
- La sensibilité cutanée disparaît → la force musculaire augmente jusqu'à **doubler** (10-12 kg → 20-25 kg au dynamomètre)
- L'anesthésie cutanée apparaît → la sensibilité optique s'exalte au point de percevoir la lumière à travers un écran opaque de 5mm
- La conscience s'éteint → les régions émotionnelles s'allument avec une intensité extra-physiologique
Luys appelle cela «déséquilibration des courants nerveux» — la déstabilisation des courants nerveux : raréfiés en un point, ils s'accumulent en un autre en acquérant des énergies extra-physiologiques.
3. La sériation des états hypnotiques
Luys propose un schéma visuel — le «puits» — pour expliquer la progression des états :
| Profondeur | État | Caractère | Conscience |
|---|---|---|---|
| Surface | Fascination (Brémaud/Donato) | Anesthésie + catalepsie + suggestibilité | Partiellement présente |
| Intermédiaire | Catalepsie | Muscles malléables comme de la cire, yeux ouverts, anesthésie | Absente |
| Profond | Somnambulisme | Parle, répond, mais inconscient | Apparente mais fictive |
| Maximum | Léthargie | Coma, anesthésie maximale, force musculaire maximale | Complètement absente |
| Ultra | Ultra-léthargie | Risque vital — pouls presque imperceptible | — |
La fascination de Donato correspond aux niveaux superficiels — c'est le **petit hypnotisme** — mais avec des séances répétées, les sujets fascinés descendent progressivement vers les couches plus profondes.
Les découvertes expérimentales clés
Force musculaire doublée en léthargie
Luys mesure systématiquement au dynamomètre avant et pendant la fascination :
- « Chez un sujet normal, la déflexion de l'avant-bras exige une traction de 10-12 kg. Dans l'état de contracture léthargique, il faut 20-25 kg — et à ce stade le muscle ne se défléchit pas, c'est le corps entier que l'on entraîne avec soi. »
Il s'agit là d'une donnée **objective et non simulable** — la mesure dynamométrique. Les sujets Théo, Esther, Clarisse (trois sujets de référence dans les Leçons) montrent tous le même phénomène.
Hyperesthésie optique : voir à travers les obstacles
En état de léthargie, les yeux fermés :
- Une boule de verre bleu placée devant le visage (avec un écran de bois de 5 mm interposé) produit **une réaction de répulsion intense**
- Une boule jaune produit **une réaction de joie et une attraction irrésistible** — proportionnelle à la dimension de la boule
- Une boule rouge a un effet presque neutre
Luys : « La sensibilité s'est tellement concentrée dans l'expansion du nerf optique, que les yeux fermés, si je place devant lui un bouchon de carafe en interposant un écran de bois noir de 9 mm, le sujet sentira les vibrations lumineuses ! »
C'est le fondement de sa recherche sur l'« action à distance des substances médicamenteuses » — la controversée découverte ultérieure.
Dédoublement : les deux moitiés du cerveau
Luys démontre que les deux hémisphères peuvent être placés dans des états différents **simultanément** :
En soulevant la paupière **droite** d'un sujet en léthargie → seul le lobe **gauche** s'illumine → **hémi-catalepsie gauche** tandis qu'à droite subsiste la léthargie.
Le bras correspondant au côté cataleptique reste dans la position imposée ; le bras correspondant au côté léthargique retombe inerte.
Conclusion : « L'individu est ainsi expérimentalement scindé en deux individualités psychologiques distinctes. »
Émotions provoquées expérimentalement
Les régions émotionnelles dans la fascination/catalepsie acquièrent une sensibilité extrême :
- Boule bleue → répulsion, expression de dégoût
- Boule jaune → joie, extase, attraction irrésistible
- Boule rouge → presque neutre (mais Esther montre de la répulsion même au repos — elle choisit de ne pas s'habiller en rouge dans la vie normale)
Luys : « Les régions émotionnelles du cerveau peuvent, au gré de l'hypnotiseur, être isolément mises en veille avec leurs modalités les plus variées. »
La contracture automatique
Un simple effleurement de la peau de l'avant-bras en état léthargique provoque **une contracture immédiate** de tout le système musculaire du membre. Le même effleurement des muscles antagonistes (extenseurs) l'annule instantanément.
Luys note : ce sont des « phénomènes d'hyperexcitabilité neuro-musculaire » — phénomènes d'hyper-excitabilité neuro-musculaire. Le mécanisme physiopathologique est encore obscur pour la science de l'époque, mais la reproductibilité est totale.
Le lien explicite avec Donato
Luys ne cache pas sa source d'inspiration. Dans les Leçons, mentionnant la fascination comme forme du « petit hypnotisme » :
- « Aux phénomènes du petit hypnotisme, je rattacherai l'examen de ces curieuses manifestations sur lesquelles M. le docteur Brémaud, médecin de la marine, a si justement appelé l'attention des médecins dans ces derniers temps, et qu'il a décrites sous le nom de fascinations. »
Et dans la Revue d'Hypnologie, après avoir décrit le miroir rotatif :
- « Il est curieux de noter, du point de vue de l'histoire de la science, que cet état de fascination que nous considérons volontiers comme une nouveauté est au contraire connu depuis longtemps et quotidiennement utilisé par les magnétiseurs dans les séances publiques d'hypnotisme. Les sujets qu'ils exhibent en public ne sont la plupart du temps que des sujets simplement fascinés. »
Le « magnétiseur » auquel il se réfère est Donato — et Luys le sait bien, étant donné que la Salpêtrière et la Charité attendaient ses visites à Paris.
Le processus de réveil — le réveil contrôlé
Luys enseigne que le réveil est **l'opération la plus délicate**. Un réveil incomplet laisse le sujet dans un état de « demi-obscurité » : il marche, parle, agit — mais n'est pas pleinement conscient. Dans cet état :
- Il peut voler dans un magasin sans le savoir
- Il peut commettre publiquement des actes indécents
- Il peut signer des documents sans les comprendre
Le protocole de réveil sûr :
- Souffler légèrement sur les yeux (méthode rapide mais brusque)
- Suggestion verbale : « Il se réveillera dans une minute » (méthode physiologique préférée)
- Vérification : « Où est-il ? Qui suis-je ? » — s'il répond correctement, il est complètement réveillé
- Mesure protectrice fondamentale :** avant de prendre congé, donner la suggestion que le sujet fascinable « ne se laissera hypnotiser par personne, sauf par vous ou par un autre médecin désigné par vous ». C'est « une mesure véritablement philanthrophique ».
La fascination et les données statistiques
Luys mène l'une des premières analyses statistiques sur la fascinabilité :
- Sur **31 infirmières** (18-30 ans) : **14 fascinables** avec le seul objet brillant ; parmi ces 14, **5 atteignent le grand hypnotisme** après 3-4 séances
- Sur **32 hommes** dans son service : **11 fascinables** (~34 %) — tous des cas pathologiques (épileptiques, morphinomanes, paralytiques)
- Fascinabilité maximale : **18-30 ans**
- Fascinables au-delà de 55 ans : oui, avec des pathologies (paraplégiques ataxiques, hémiplégiques)
Conclusion de Luys : la fascinabilité est bien plus répandue qu'on ne le croit, et elle dépend d'aptitudes latentes ignorées des sujets eux-mêmes.
Sources
Correspondance avec la Théorie Polyvagale
Le schéma fascination/catalepsie/somnambulisme/léthargie/ultra-léthargie de Luys correspond avec une précision extraordinaire à la hiérarchie du système nerveux autonome décrite par Stephen Porges dans la Théorie Polyvagale (1994-2011). La léthargie correspond à l'activation du système vagal dorsal (immobilisation), la fascination à la zone de transition entre système ventral et dorsal. Voir l'article dédié : La Scala di Luys e la Teoria Polivagale di Porges.
Voir aussi
- Prof. Jules Bernard Luys — La Fascination Thérapeutique à la Charité
- Donato — Le Père de la Fascination
- La Fascination comme Phénomène Psychophysiologique — Donato et la Science
- Prof. Enrico Morselli — Le Magnétisme Animal, la Fascination et les États Hypnotiques (1886)
- La Pupille dans la Fascination — Morselli et Tanzi (1886)
Cette page fait partie du Wiki de la Méthode Paret, l'ensemble de recherches sur le mesmérisme, la fascination et l'hypnose non verbale dirigé par le Dr Marco Paret, créateur de la méthode Mesmerismus®. La pratique s'apprend dans les séminaires de l'École du Dr Marco Paret : www.marcoparet.com.