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Sub Specie Interioritatis/fr

Da Wiki Progetto di Ricerca Metodo Paret.
📖 Fonte primaria: corpus Ur (1927-1928) — Krur (1929)
Questa pagina deriva direttamente dal corpus della rivista Ur (1927-1928) e Krur (1929) curata dal Gruppo di UR sotto la direzione di Julius Evola con la partecipazione di Arturo Reghini, Giulio Parise, Ercole Quadrelli, Guido De Giorgio, Luigi Valli, Ercole Quadrelli (Abraxa) e altri collaboratori. Le tre annate sono state riedite a cura di Evola con il titolo Introduzione alla Magia quale scienza dell'Io.

Documenti Drive ISI-CNV:

Edizione di riferimento: Julius Evola (a cura di), Introduzione alla Magia quale scienza dell'Io, 3 voll., Edizioni Mediterranee, Roma, ed. critica 1971. Trad. fr.: Introduction à la magie, trad. Gérard Boulanger, Milano, Archè, 1984.


«Sub Specie Interioritatis» est le premier article de la revue UR dans son premier fascicule (janvier 1927), et il occupe donc dans le corpus du Groupe une position programmatique : c'est le témoignage à la première personne d'Arturo Reghini (sous le pseudonyme «Pietro Negri») d'une expérience directe de perception spirituelle qui lui advint vers 1913 dans la salle de Palazzo Strozzi à Florence. L'article est à la fois document autobiographique et petit traité phénoménologique sur la condition du « voir sub specie interioritatis » — de l'expérimenter la réalité non comme un corps qui contient la conscience, mais comme conscience qui contient le corps.

Le titre est une formule forgée par Reghini lui-même en opposition consciente au « sub specie aeternitatis » de Spinoza (Ethica, V, 31) : tandis que Spinoza décrivait la connaissance intellectuelle de l'éternel du point de vue de la raison spéculative, Reghini décrit la perception opérative de l'intériorité de l'être, vécue dans le corps, comme renversement du rapport ordinaire entre conscience et corps. C'est, de façon déclarée, une expérience de nature initiatique : élémentaire, fugace, mais réelle et directe, qui initie celui qui la vit à une qualité d'existence différente.

Pour l'École Paret-ISI-CNV, l'article est l'un des textes de première transmission de ce que signifie concrètement, phénoménologiquement, reconnaître la réalité spirituelle — non par théorie mais par expérience perçue. Il constitue pour chaque élève sérieux un texte à méditer attentivement, parce que Reghini y décrit avec une grande précision un seuil d'expérience que, sous des formes analogues, peut aussi franchir celui qui pratique la discipline de l'École.

I. L'expérience de Palazzo Strozzi (vers 1913)

Reghini raconte que l'expérience lui arriva tandis qu'il traversait la cour de Palazzo Strozzi à Florence (où se tenaient les cours de l'Istituto di Studi Superiori). Dans les minutes précédentes il n'y avait rien de préparatoire : aucune méditation, aucune émotion religieuse, aucune pratique spéciale, aucune spéculation philosophique. Reghini insiste sur ce point : « le passage se produisit indépendamment de toute spéculation scientifique ou philosophique, de tout travail cérébral ». L'expérience se présenta « spontanée, sans transition, sans avertissement, comme un voleur de nuit ».

Pendant quelques instants — suffisants pour que Reghini la vécût pleinement et en prît conscience — sa perception du rapport entre son propre corps et la réalité s'inversa. Il ne sentit pas son propre corps qui traversait la cour comme un objet parmi d'autres objets ; il sentit son propre corps à l'intérieur de sa propre conscience, et cette conscience n'était plus « mentale » ou « intérieure » au sens ordinaire, mais était une dimension absolue qui contenait le corps, la cour, l'édifice, la ville — la réalité matérielle tout entière :

« Je n'avais pas la perception de l'incorpéité de mon propre corps, mais je sentais mon propre corps en moi-même, je sentais tout sub specie interioritatis. Bien entendu, il faut ici chercher à prendre les mots en, interne, intérieur dans une acception agéométrique, simplement comme des mots aptes, tant bien que mal, à exprimer le sens du renversement de position ou de rapport entre corps et conscience. »

Les qualités affectives et perceptives de cet état sont décrites avec une grande précision technique :

  • « Impression puissante, bouleversante, submergeante, positive, originale »
  • « Solennité hiératique, calme et silencieuse puissance, Dureté stellaire » (avec le D majuscule qui indique une qualité ontologique et non émotionnelle)
  • « Une note du poème éternel, voilà ce que je sentais »
  • Sensation d'éternité contenue dans l'instant, de certitude non discutable de son propre être sans limite
  • Coexistence simultanée de deux perceptions de la réalité — l'ordinaire corporelle et la spirituelle pure — non contradictoires dans l'expérience bien que contradictoires à l'analyse rationnelle

Reghini souligne que ce qu'il a éprouvé n'était pas du mysticisme émotionnel, n'était pas une extase religieuse, n'était pas une vision : c'était une perception structurelle de la réalité, précise comme une perception sensorielle mais de nature totalement différente.

II. Les caractéristiques du « voir sub specie interioritatis »

Reghini, après avoir décrit le fait, en analyse phénoménologiquement les caractères. Quatre traits distinctifs du « voir sub specie interioritatis » selon Pietro Negri :

  1. Ce n'est pas l'incorporéité mais le renversement du rapport conscience-corps. Le corps ne disparaît pas et n'est pas nié : il continue d'être là et d'être senti. Mais il cesse d'être ce qui contient la conscience ; il devient ce qui est contenu dans la conscience. C'est une inversion topologique d'un type tout à fait nouveau, agéométrique (Reghini insiste sur l'adjectif parce qu'il n'y a aucun « où » physique où cette intériorité se situe)
  2. Coexistence avec la perception ordinaire, non substitution. L'état n'annule pas la réalité matérielle, n'en réduit pas la présence, ne la rend pas illusoire au sens du solipsisme ou de l'idéalisme spéculatif. La réalité matérielle continue d'être là, exactement comme avant — mais elle a un autre statut. Reghini en déduit que l'on peut avoir simultanément deux perceptions de la réalité, et que la réalité matérielle ordinaire est une fonction de la vie corporelle, non l'unique modalité possible de sentir l'être
  3. Indépendance à l'égard de la préparation spéculative (et donc nécessité de techniques différentes de la philosophie pour l'induire). Reghini exclut explicitement que l'étude philosophique puisse, à elle seule, produire cette expérience : « non sembra invero che la speculazione razionale possa condurre più in là di una semplice astrazione concettuale, di carattere più che altro negativo, ed incapace di suggerire o provocare l'esperienza diretta vissuta, la percezione della immaterialità ». La tradition initiatique a donc développé des méthodes non discursives (techniques corporelles, ascèse de la volonté, rites, mantra, exercices de dédoublement) précisément parce que c'est seulement par cette voie que l'on peut produire l'expérience authentique
  4. Fonction initiatique. L'expérience, même fugace, laisse une marque permanente sur l'individu qui la vit : elle n'est pas oubliée, elle n'est pas réduite à un rêve ou à une illusion, elle change la qualité de celui qui l'a eue. Reghini l'appelle « une première perception effective directe de ce que les cabalistes appelaient le saint palais intérieur, et le Philalèthe le palais occulte du Roi, et aussi de ce que sainte Thérèse appelait le château intérieur. Pour élémentaire qu'elle soit, c'est une expérience qui initie une vie nouvelle, double ; le dragon hermétique se met des ailes et devient amphibie, capable de vivre sur terre et de se détacher de la terre »

La reconnaissance des traditions convergentes faite par Reghini est décisive : la même expérience — sous des noms différents — est décrite par la Kabbale (hekhal qodesh), par le Philalèthe alchimique (palatium occultum Regis), par sainte Thérèse d'Avila (castillo interior), par l'alchimie hermétique (le Dragon ailé de Lambsprinck). Ce sont des formulations différentes de la même science de la tradition opérative, exactement comme le soutient le présent wiki pour le magnétisme.

III. Le renversement du rapport réalité-matière

Reghini développe dans la seconde partie de l'article une analyse plus ample qui fait de « Sub Specie Interioritatis » un petit traité phénoménologique sur le concept même de réalité matérielle. Le mode habituel de vivre identifie « réalité » et « résistance » — est réel ce qui résiste, le compact, le massif, l'impénétrable. Les choses « sont, pour ainsi dire, d'autant plus réelles qu'elles sont plus solides, impénétrables, inattaquables ». Mais :

  1. Cette identification réalité = solidité est une fonction de la vie corporelle — habituée à s'appuyer sur le sol solide et à manipuler des objets solides. Elle n'est pas donnée dans la structure de l'être, elle est construite par la condition particulière du corps humain sur la Terre
  2. Les caractères typiques de la réalité matérielle vont en s'atténuant à mesure que l'on passe de la matière solide à la liquide, à la fluidique, à la gazeuse. Déjà le magnétisme animal (cfr. Alchimia e Magnetismo) a montré que la matière humaine elle-même a des niveaux fluidiques et non seulement solides
  3. L'analyse scientifique moderne conduit, à travers « i successivi stadii della disintegrazione molecolare ed atomica, ad una concezione della materia » radicalement différente du sens commun. La physique du début du XXe siècle — Reghini écrit en 1927, après Bohr mais avant la mécanique quantique mûre — avait déjà rendu évident que la matière n'est pas une « chose solide » mais une configuration dynamique de forces pratiquement vide
  4. Donc : la réalité matérielle « non è il solo modo di sentire la realtà ». Il existe d'autres modes, et l'un de ceux-ci est précisément le « voir sub specie interioritatis » — mode qui ne nie pas la matière mais la replace comme l'une des modalités du Tout

IV. La surdité ordinaire et le problème de l'enseignement

Reghini pose la question que tout lecteur aurait formulée : pourquoi tous n'ont-ils pas cette expérience ? Et pourquoi n'enseigne-t-on pas à la produire ?

Sur la surdité ordinaire, Reghini avance une hypothèse élégante : « Habituellement, l'attention de la conscience est tellement fixée sur le sens de la réalité matérielle que toute autre sensation passe inaperçue ». Analogie musicale : « Le thème mélodique développé par les violons attire d'ordinaire toute l'attention et le profond accompagnement des violoncelles et de la contrebasse passe inaperçu ». La réalité spirituelle est toujours présente, mais le « volume » de la perception matérielle ordinaire couvre son « ton bas et profond ». Ce n'est que par un déplacement de l'attention — spontané, comme cela lui arriva, ou cultivé par une pratique — qu'elle devient audible. Analogie supplémentaire : « Lorsqu'une fois, à la montagne, au-dessus d'une grande prairie fleurie, le bourdonnement sourd et uniforme produit par d'innombrables insectes me frappa l'oreille tout à coup, comme par hasard, ou plutôt, seulement tout à coup et sans raison apparente, je devins conscient de ce bourdonnement, certes préexistant à ma perception soudaine ».

Sur le problème de l'enseignement, Reghini est prudent, et c'est la prudence de celui qui sait que toute réponse facile serait fausse. « Il n'est pas facile de répondre de manière exhaustive à ces questions et aux autres que l'on peut se poser à ce propos ». L'expérience qui lui arriva ne peut être produite sur commande par aucune technique mécanique ; elle peut être disposée par la pratique initiatique, elle peut être facilitée par la rencontre d'un maître authentique, elle peut être reconnue lorsqu'elle arrive — mais non forcée ni programmée. Elle reste en dernière analyse un événement de grâce, selon la formulation chrétienne, ou de mukti soudaine dans la tradition indienne, ou de wu (悟, satori) dans le Chan-Zen.

Le conseil implicite de Reghini au lecteur d'UR est donc de ne pas attendre de techniques infaillibles, mais de travailler avec une discipline patiente — selon la Voie Sèche d'Abraxa — et de reconnaître quand l'expérience se donne, sans la forcer ni la poursuivre.

V. La portée historique et doctrinale de l'article

« Sub Specie Interioritatis » a — dans l'histoire de l'hermétisme italien du XXe siècle — une portée de document historique de premier ordre. Pour plusieurs raisons :

  • C'est le premier témoignage public d'une expérience initiatique authentique faite par un intellectuel italien du XXe siècle avec pleine conscience philosophique et hermétique de son geste. Ni Steiner (1861-1925), ni Crowley (1875-1947), ni Guénon (1886-1951) n'ont jamais fait de même de manière aussi circonscrite et spécifique
  • Il établit le plan de réalité sur lequel se meut toute la revue UR-KRUR : non pas spéculation philosophique, non pas occultisme de salon, non pas spiritualisme de séance, mais documentation d'expériences que le Groupe reconnaît comme légitimes et qu'il propose comme paradigme pour les autres
  • Il identifie l'expérience de l'initié moderne à celle des mystiques chrétiens classiques (sainte Thérèse), des cabalistes, des alchimistes (Philalèthe), et — implicitement — des yogis indiens et des maîtres zen. Le point doctrinal est explicite : c'est la même expérience sous des noms et des cultures différents
  • Il pose, avec discrétion, la question du rapport entre expérience et légitimation initiatique. Reghini ne se fait pas maître du fait d'avoir eu l'expérience ; il la raconte comme un témoignage parmi d'autres. La transmission initiatique authentique s'opère par d'autres canaux — chaîne, ordre, maître vivant — et l'expérience personnelle, pour réelle qu'elle soit, est une confirmation de la tradition et non son substitut

Pour l'École Paret-ISI-CNV, Reghini est l'un des points de comparaison essentiels — non pour imiter l'expérience spécifique (qui ne se répète pas sur commande), mais pour reconnaître les traits caractéristiques d'un événement authentique lorsque celui-ci survient dans son propre parcours, et pour ne pas le confondre avec des expériences affectives intenses, des mystiques émotionnelles, ou des productions de l'imagination qui peuvent en mimer les traits sans en avoir la substance.

VI. Bibliographie

  • Pietro Negri [Arturo Reghini], Sub Specie Interioritatis, dans UR — Rivista di indirizzi per una Scienza dell'Io, année I (1927) n. 1, pp. 1-7 — source primaire principale
  • Arturo Reghini, Cagliostro. Documenti editi ed inediti, Atanòr, Rome 1924
  • Arturo Reghini, Le parole sacre e di passo dei primi tre gradi e il massimo mistero massonico, Atanòr, Rome 1922
  • Arturo Reghini, I numeri sacri nella tradizione pitagorica massonica, Rome 1947 (posthume)
  • Baruch Spinoza, Ethica more geometrico demonstrata, V, prop. 31 — la formule «sub specie aeternitatis» à laquelle Reghini s'oppose
  • Eugenio Filalete (Thomas Vaughan), Lumen de Lumine, London 1651 — sur le «palatium occultum Regis»
  • Sainte Thérèse d'Avila, Las Moradas o Castillo interior, 1577

Sources

Sources primaires du corpus UR-KRUR

La source primaire de référence pour cette page est le corpus de la revue Ur (1927-1928) et Krur (1929), dirigée par le Gruppo di UR sous la direction de Julius Evola avec la participation de Arturo Reghini, Giulio Parise, Ercole Quadrelli, Guido De Giorgio, Luigi Valli et d'autres collaborateurs. Les trois années ont été rééditées sous la direction de Julius Evola sous le titre Introduzione alla Magia (3 vol., Milan, Bocca / Casa Editrice Atanòr / Edizioni Mediterranee, diverses éditions depuis 1955 ; éd. critique Mediterranee, Rome, 1971).

  • Gruppo di UR, Rivista Ur, années 1927-1928 (12 fascicules chacune).
  • Gruppo di KRUR, Rivista Krur, année 1929 (12 fascicules).
  • Julius Evola (éd.), Introduzione alla Magia quale scienza dell'Io, 3 vol., Edizioni Mediterranee, Rome, éd. critique 1971 (et réimpressions successives).
  • Édition française : Groupe d'Ur, Introduction à la magie, trad. Gérard Boulanger, Milan, Archè, 1984.

Corpus OCR Drive ISI-CNV — le corpus intégral des trois années UR-KRUR est disponible en OCR révisé : Document Drive avec les trois années complètes (dossier EVOLA UR KRUR).

Cadre historique et traditionnel

  • Julius Evola, La Tradizione Ermetica, Bari, Laterza, 1931 (et réimpressions Mediterranee).
  • Julius Evola, Il Cammino del Cinabro, Milan, Scheiwiller, 1963 (autobiographie intellectuelle avec le récit de première main de l'expérience UR-KRUR).
  • Arturo Reghini, I Numeri Sacri nella Tradizione Pitagorica Massonica, Rome, Atanòr, 1947.
  • Arturo Reghini, Per la Restituzione della Geometria Pitagorica, Atanòr, 1935.
  • Renato Del Ponte, Evola e il magico Gruppo di UR, Borzano (RE), SeaR, 1994.
  • Gianfranco de Turris (éd.), Esoterismo e Fascismo, Edizioni Mediterranee, Rome, 2006.

Bibliographie secondaire de référence

  • Hans Thomas Hakl, Eranos: An Alternative Intellectual History of the Twentieth Century, Equinox, 2013 (chapitres sur l'école traditionaliste italienne).
  • Mark Sedgwick, Against the Modern World: Traditionalism and the Secret Intellectual History of the Twentieth Century, Oxford University Press, 2004.
  • Joscelyn Godwin, The Theosophical Enlightenment, SUNY Press, 1994 (pour le contexte de la renaissance ésotérique européenne).
  • Dr Marco Paret, matériaux ISI-CNV sur la tradition hermétique italienne et sur le lien entre UR-KRUR, alchimie opérative et magnétisme de l'École.


Voir aussi

Cette page fait partie du Wiki de la Méthode Paret, l'ensemble de recherches sur le mesmérisme, la fascination et l'hypnose non verbale dirigé par le Dr Marco Paret, créateur de la méthode Mesmerismus®. La pratique s'apprend dans les séminaires de l'École du Dr Marco Paret : www.marcoparet.com.