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Morfologia Occulta/fr

Da Wiki Progetto di Ricerca Metodo Paret.


La morphologie occulte (ou morphologie symbolique, ou morphologie perçue) est la discipline traditionnelle qui étudie les formes du corps humain et de ses systèmes non comme des données anatomiques d'étude objective, mais comme des expressions visibles de réalités subtiles — états de conscience, principes cosmiques, forces formatrices — dont les tissus, les organes et les systèmes du corps sont les manifestations matérielles correspondantes. Pour la tradition hermétique, chaque système organique est à la fois phénomène physiologique et symbole opératif : le sang n'est pas seulement le fluide qui circule, mais il est aussi la Croix cosmique du croisement espace-temps ; le système nerveux n'est pas seulement conducteur d'influx, mais il est aussi le siège de la « rose blanche » du corps lunaire ; le système osseux n'est pas seulement structure, mais il est aussi le « corps de flamme » qui vainc la mort.

Le terme « morphologie occulte » fut introduit par le Gruppo di UR dans les articles de KRUR publiés dans l'année II (1928) et repris dans l'année III (1929), sous la signature collective « Krur » — correspondant au travail conjoint de Reghini-Quadrelli avec des contributions d'Evola — et il constitue l'un des noyaux doctrinaux les plus caractéristiques et originaux du corpus hermétique italien du XXe siècle. Son importance pour l'École Paret-ISI-CNV est double : théorique (elle offre le cadre conceptuel pour lire le corps comme microcosme structuré comme le macrocosme, selon le principe de la Tabula Smaragdina) et opérative (elle fournit des indications précises pour le travail magnétique, alchimique, initiatique de spiritualisation du corps).

I. Le problème : trois systèmes corporels, trois formes de conscience, trois couleurs

L'article de KRUR sur UR 1928 (pp. 339-346) part d'une distinction traditionnelle qui revient avec des variantes dans de nombreuses traditions — égyptienne, védique, hermétique, alchimique, anthroposophique — et en donne une formulation particulièrement nette : l'être humain est structuré en trois systèmes corporels qui correspondent à trois formes de conscience et à trois couleurs hermétiques :

  1. Système de la vie végétative (appareil digestif, organes de la reproduction, glandes) → siège inférieur de la conscience → couleur verte hermétique
  2. Système nerveux (cerveau, moelle, nerfs) → siège supérieur de la conscience → couleur blanche hermétique (« rose blanche », « corps lunaire », « lampe de vie »)
  3. Système sanguin (sang, cœur, circulation) → siège médian de la conscience → couleur rouge hermétique

La caractéristique essentielle de la morphologie occulte est que ces correspondances ne sont pas métaphoriques : le système sanguin est réellement lié à la conscience médiane, et la couleur rouge est réellement sa manifestation chromatique. Vaut ici le principe de la page Alchimia e Magnetismo sect. IV : les éléments traditionnels sont simultanément réels et symboliques, et ce qui est symbole dans le macrocosme est substance dans le microcosme.

Chez l'homme ordinaire, écrit KRUR, la conscience se limite aux modifications cérébrales — c'est-à-dire qu'elle ne vit que dans le « siège supérieur » et n'est pas consciente des deux autres. Spiritualiser le corps signifie précisément « parvenir à faire correspondre un état de conscience à chacun des systèmes corporels », en étendant l'activité consciente du Moi au-delà du cerveau, dans les systèmes du sang et de la vie végétative. C'est là la tâche centrale du travail hermétique opératif.

II. Le sang comme Croix cosmique

La partie la plus élevée de l'article est consacrée au sang comme médiateur entre les trois plans. Pour KRUR le sang a une double fonction cosmique :

  1. Fonction spatiale : le sang « est la fonction du sang par rapport à l'espace » — il porte dans ses globules et dans ses forces formatrices l'action présente de tout le corps, le relie à ses limites, en est le principe unitaire sur le plan de l'étendue
  2. Fonction temporelle : le sang « accueille aussi des images et des impulsions qui constituent ce que, dans le sens le plus général, on peut appeler « mémoire ancestrale » ». Il est l'action présente du passé : en lui vivent les forces collectives de race, de lignée, et d'autres plus originaires, qui, par le moyen du sang, se rassemblent et opèrent formativement jusque dans les organes du corps

KRUR en tire une formulation d'une grande puissance symbolico-opérative :

« Dans le sang les deux lignes-limites de l'individualité commune, celle de l'espace et celle du temps, se concentrent. C'est la Croix cosmique, dont le point d'intersection tombe dans le cœur de l'homme ; le cœur, qui veille, même quand l'homme dort. »

De cette identité sang = Croix cosmique dérive la structure du travail :

  • Cœur = point d'intersection de la Croix, centre de l'être
  • Expansion horizontale et verticale à partir du cœur = rose rouge qui s'épanouit au centre de la Croix
  • Connaissance dans le siège du cœur = anamnèse (se souvenir) : « c'est un re-souvenir — un retour au souvenir, que l'être-sang porte, de l'état de coessentialité avec de grandes forces qui agissent encore comme impulsions formatrices dans les divers organes »
  • Temps-espace = c'est ce que la conscience connaît dans le siège médian : « figures ou « types » (espace) tissés de rythme (temps), ou rythmes (temps) qui se manifestent en figures, en « idées » (espace) »

Cette identification du sang avec la Croix cosmique a des conséquences opératives précises : toute action magnétique authentique passe par le sang (cf. chaîne magnétique de loge comme communion sanguine invisible entre les participants) ; tout souvenir profond (anamnèse platonicienne, smaraṇa indien, dhikr soufi) opère sur le sang ; tout éveil du Caducée (cf. Caduceo (Caduceus) — Risveglio Energetico) commence par un réchauffement et une intensification du sang.

III. Les deux voies du système sanguin : lumière et chaleur

KRUR décrit une distinction opérative très subtile et d'une importance technique : le système sanguin, en tant que médiateur, se polarise en deux voies selon lequel des deux pôles (supérieur ou inférieur) attire l'énergie :

  • Aspect LUMIÈRE (par rapport au siège supérieur-cérébral, mercure alchimique) — la rose blanche, le corps lunaire, la lampe de vie. C'est la voie qui, du sang, mène à la conscience claire, illuminée, contemplative. C'est la voie de la vision
  • Aspect CHALEUR (par rapport au siège inférieur, soufre alchimique) — un aspect plus profond, plus ancien, plus radical, qui a relation avec « l'Homme de Saturne ou homme minéral, présent dans les forces du calcium contenues dans le corps (système osseux) ». C'est la voie qui, du sang, descend dans les profondeurs du corps et en extrait les forces les plus anciennes. C'est la voie de la puissance

L'opérateur expert sait lequel des deux pôles activer selon ce que l'on veut réaliser. La distinction est importante aussi sur le plan diagnostique : des états d'hypertension visuelle, d'hallucinations lumineuses, d'expériences de lumière indiquent un déséquilibre sur le pôle de la lumière ; des états d'ardeur physique, d'intensité sexuelle, de phénomènes de secousse nerveuse, de sueurs indiquent un déséquilibre sur le pôle de la chaleur. La maîtrise consiste à pouvoir activer chaque pôle séparément, puis à pouvoir les composer dans l'unité qui produit le corps de flamme.

IV. Le corps de flamme et la victoire sur la mort

La partie conclusive de l'article décrit le but de l'œuvre de la morphologie occulte — la réalisation de ce que la tradition appelle le « corps de flamme » ou la « victoire sur la mort » :

«Le sang est ainsi le moyen par lequel le Moi peut s'étendre jusqu'à la conquête complète du corps spirituel. Réduit, ou rectifié, l'élément émotion en « rythme-vie », comme sang ardent il conduit intérieurement jusqu'à l'élément saturnien, extrayant des os la conscience des os, qui est appelée « corps de flamme », « victoire-sur-la-mort ».»

KRUR cite deux témoignages traditionnels à l'appui :

  • Tradition bouddhiste : «Il est dit dans le bouddhisme que le corps du bodhisattva, lorsqu'il s'empare de la bodhi, devient sans os» — expression symbolique du transformer de la structure osseuse en pure conscience de soi
  • Tradition chrétienne : «Dans les Évangiles on lit également qu'au Christ crucifié, les os ne furent pas brisés» — signe de la même corporéité spirituelle atteinte

Ce sont des expressions symboliques — au sens précis de la morphologie occulte, où le symbole est la réalité sur un autre plan — d'un même état de la corporéité spirituelle réalisée : le corps de l'initié parfait, où les os eux-mêmes sont devenus transparents à la conscience, et où il n'y a plus de séparation entre structure matérielle et lumière du Moi.

Cfr. La Doctrine du Corps Immortel de Giudicelli (1988) pour la formulation du vingtième siècle du même but, et Boyer sur les Quatre Corps pour le cadrage doctrinal du corps lunaire dans les écoles magnétiques françaises.

IV-bis. La Spirituslehre : les trois esprits dans la physiologie de la Renaissance et de la proto-modernité

La doctrine des trois systèmes corporels exposée par le Groupe d'UR-KRUR ne naît pas dans le vide. Elle reprend — en la rendant opérative dans le langage italien du XXe siècle — une doctrine très ancienne qui a eu une formulation classique dans la physiologie médicale européenne du IVe siècle av. J.-C. au XVIIe siècle, et que les ouvrages les plus récents d'histoire de la médecine ont reconstruite avec une grande précision philologique. La référence d'étude principale pour qui voudrait approfondir est Gerhard Klier, Die drei Geister des Menschen. Die sogenannte Spirituslehre in der Physiologie der Frühen Neuzeit (Sudhoffs Archiv Beiheft 50, Franz Steiner Verlag, Stuttgart 2002), qui documente la transmission de la doctrine des trois spiritus (latins) ou pneumata (grecs) depuis Platon et Aristote à travers Galien, Paracelse, Servet, Fludd, Fernel, Sennert, Van Helmont jusqu'à Descartes et Harvey — la fenêtre historique dans laquelle la doctrine passe, parallèlement, de la forme intégrale (esprit = médiateur vivant entre l'âme et le corps) à la forme réduite (esprit = fluide nerveux mécanisé, antécédent direct du courant bio-électrique de la neurologie moderne).

Les trois esprits de la doctrine classique correspondent système par système à la tripartition corporelle de la morphologie occulte du Groupe d'UR :

  1. Spiritus naturalis — nutritif-végétatif. Il naît dans le foie comme produit de la transformation du nutriment (chymus) en sang veineux. Galien l'associe à la dynamis physikē (δύναμις φυσική) — la puissance nutritive purement pneumatique qui se diffuse par les veines depuis le foie à tout le corps. C'est le plan corporel de la substance, de la génération, de la régénération — il correspond au système de la vie végétative de KRUR (UR 1928, pp. 339-346) et à la couleur vert hermétique
  2. Spiritus vitalis — vital-affectif. Il naît dans le ventricule gauche du cœur par la coction du sang veineux avec l'air apporté par les poumons (Galien) et prend corps comme Calor Innatus (καλόρ ἔμφυτος), le « feu inné » ou « chaleur naturelle » qui est à la fois chaleur biologique, affect, vie-pulsion. Il se diffuse par les artères. Paracelse l'identifie explicitement à la Vitalseele ou « vapeur vitale dans le sang » (Lebensdampf im Blut), et Servet, Fludd, Paracelse, Fernel le mettent en correspondance directe avec le macrocosme (en particulier avec le Soleil comme corps céleste correspondant). Il correspond au système sanguin de KRUR — le sang comme Croix cosmique d'espace et de temps — et à la couleur rouge hermétique
  3. Spiritus animalis — sensitif-perceptif. Il se forme dans la rete mirabile à la base du cerveau par une nouvelle purification du spiritus vitalis dans les ventricules cérébraux. Il se distribue à travers la moelle épinière et les nerfs à tout le corps, et il est le vecteur de la sensation (αἴσθησις) et du mouvement volontaire. Il correspond à la dynamis psychikē (δύναμις ψυχική) de Galien et au « système nerveux » de KRUR — la « rose blanche », le « corps lunaire », la « lampe de vie ». Couleur blanc hermétique

À ces trois puissances correspondent — dans toute la tradition philosophique depuis Aristote — les trois âmes (anima vegetativa, anima sensitiva, anima intellectiva) de l'être humain. Klier rapporte avec une grande précision la comparaison géométrique de Fernel et Pomponazzi : « l'âme végétative est comme le triangle, la sensitive comme le carré, l'intellective comme le pentagone — mais tout polygone plus complexe contient tous les précédents en soi ». L'âme intellective contient la sensitive, la sensitive contient la végétative : la tripartition n'est donc pas séparation mais hiérarchie intégrée.

Ce que le Groupe d'UR-KRUR fait en 1928 — en reprenant l'ancienne doctrine dans ses Appunti sulla Morfologia Occulta — c'est ramener à la lumière cette science traditionnelle après que le rationalisme cartésien du XVIIe siècle (cfr. Klier, pp. 320-350 : « la rupture avec Descartes »), tout en en conservant l'appareil terminologique (spiritus animalis dans les Passions de l'âme, 1649), avait vidé les trois esprits de leur statut de médiateurs vivants macrocosme-microcosme en les réduisant à des particules matérielles mécaniques. À partir de Descartes la physiologie perd progressivement la signification opérative-initiatique de la Spirituslehre. UR-KRUR — et après lui l'École Paret-ISI-CNV — la redécouvre, la précise, la rend praticable.

IV-ter. Le parcours alchimique : nigredo → albedo → rubedo comme transit fluidique

Lue sub specie alchimiae, la doctrine de la Spirituslehre révèle une structure précise qui correspond exactement au parcours classique de l'œuvre alchimique européenne. Klier en fournit — presque sans intention, à travers la pure reconstruction historique des doctrines — la carte physiologique du transit :

  • Nigredo (noir) — descente dans le foie. Le nourrissement (nourriture, matière externe) entre depuis le monde, descend à travers l'estomac, atteint le foie. Le foie — selon la doctrine galéno-paracelsienne — opère la cuisson (concoctio prima) du chymus, en séparant les composants grossiers (excréments, bile noire) et en en tirant le sang veineux : c'est la première solutio alchimique, la dissolution de la forme externe de la nourriture. C'est le moment où la substance meurt à sa forme extérieure pour naître comme matière interne. La bile noire (melaina cholē, μέλαινα χολή) — l'un des quatre humeurs — est la marque saturnienne de cette phase. Nigredo
  • Albedo (blanc) — remontée du foie au cœur puis au cerveau. Le sang veineux produit dans le foie remonte via la veine cave au ventricule droit du cœur, passe à travers les porï cardiaques dans le ventricule gauche où, par cuisson (aufkochung) avec l'air pulmonaire, il devient Calor Innatus = spiritus vitalis. Le sang artériel, désormais rectifié et ignifié (c'est le « feu » du cœur), poursuit le long des artères vers le haut jusqu'au rete mirabile à la base du cerveau, où s'accomplit l'ultime distillation : il devient spiritus animalis dans le cerveau. Le blanc lumineux du spiritus animalis est le « mercure des philosophes » de la tradition alchimique, la « rose blanche », la « lampe de vie ». Albedo
  • Rubedo (rouge) — diffusion du feu purifié à travers les nerfs dans les archea. Lspiritus animalis — désormais purifié et anobli — se distribue depuis le cerveau à travers la moelle épinière et les nerfs à tout le corps et — selon la doctrine paracelsienne — anime les archea (singulier archeus, terme introduit par Paracelse puis par Van Helmont) — les démiurges locaux qui gouvernent chaque organe interne (archeus stomachi, archeus hepatis, archeus splenis, etc.). L'archeus est le principe formatif spécifique de chaque organe qui dirige les processus vitaux au niveau local. Lorsque lspiritus animalis rectifié atteint les archea et les informe, l'œuvre est accomplie — chaque organe du corps est désormais vivifié par le feu solaire du cœur filtré par la lumière lunaire du cerveau. Le corps de flamme est réalisé, le « corps de la Victoire » de la tradition (cfr. la section IV ci-dessus). Rubedo

Dans cette lecture, le cycle digestion → circulation → innervation de la physiologie traditionnelle est le cycle alchimique nigredo → albedo → rubedo. L'œuvre alchimique externe (sur les métaux) et l'œuvre alchimique interne (sur le corps) sont la même œuvre saisie sur deux plans — exactement comme l'affirme la Tabula Smaragdina. Les trois phases sont à la fois réellement physiologiques et réellement symbolico-opératives (cfr. Alchimia e Magnetismo sect. IV sur les principes et sect. XVI sur le statut épistémique).

Le Groupe d'UR-KRUR, dans ses Appunti sulla Morfologia Occulta (UR 1928 pp. 339-346) et dans les reprises de KRUR 1929, ne thématise pas explicitement les phases alchimiques avec le vocabulaire nigredo-albedo-rubedo appliqué à la physiologie — mais ses formulations (le sang comme « médiateur », la « double voie » lumière/chaleur du système sanguin, l'extraction de la « conscience des os » comme « corps de flamme », la « victoire sur la mort ») contiennent tous les éléments de la lecture alchimique. Il appartient au lecteur moderne de la tradition — guidé par des études d'histoire de la médecine de haute qualité comme celle de Klier — de remettre ensemble les pièces dans une synthèse cohérente.

IV-quater. Le magnétisme comme continuation historique de la Spirituslehre

Klier documente — dans les sections introductives de son travail — que la transition de la Spirituslehre traditionnelle à la neurologie moderne passe par un point-charnière historique : la reconnaissance, à partir du XVIIIe siècle, que l'spiritus animalis qui afflue dans les nerfs est un courant électrique — l'« Aktionsstrom » (courant d'action nerveux) de l'électrophysiologie de Galvani (1791), Volta, Du Bois-Reymond (1840). Le travail classique de W.F. Bynum, Spiritus animalis bis Nervenaktionsstrom (« Du spiritus animalis au courant d'action nerveux », 1980, cité par Klier), reconstruit cette métamorphose en détail.

Mais parallèlement à cette traduction physicaliste du fluide nerveux, une seconde tradition — celle du magnétisme animal de Mesmer (1779) — maintient la lecture intégrale du fluide comme médiateur vivant macrocosme-microcosme, en conservant les qualités opérativo-initiatoires que la physiologie officielle était en train de perdre. Le « fluide magnétique » de Mesmer est — littéralement — la continuation opérative de la Spirituslehre traditionnelle dans le cadre post-cartésien, maintenue comme science vivante dans les Sociétés de l'Harmonie françaises, dans les chaînes magnétiques de Puységur, dans les travaux de Du Potet, Donato, Regazzoni.

Le Groupe d'UR-KRUR — en reprenant les Appunti sulla Morfologia Occulta en 1928 — se situe explicitement dans la continuité de cette seconde tradition. Evola en particulier reconnaît dans UR et dans La Tradizione Ermetica (1931) que le « fluide vital » des magnétistes européens est le spiritus vitalis = Calor Innatus = Mercure des alchimistes (cfr. Alchimia e Magnetismo sez. XII.2 et XV.7). Se recompose ainsi, dans la pensée du Groupe, l'unité historique brisée de la Spirituslehre traditionnelle : courant nerveux moderne (Du Bois-Reymond) et fluide magnétique (Mesmer-Du Potet) sont les deux rameaux diversifiés d'un seul système originaire que la morphologie occulte intègre de nouveau dans sa vision unitaire du corps comme champ de trois esprits coordonnés.

C'est là — dans la carte du cluster wiki — la page de charnière conceptuelle entre la tradition hermético-alchimique documentée dans Alchimia e Magnetismo et la tradition magnétique européenne documentée dans La Tradizione Europea dell'Ipnosi — da Mesmer a Paret. Qui étudie Die drei Geister des Menschen de Klier a en main la clé historique pour voir comment ces deux traditions — apparemment éloignées — sont en réalité le même fil doctrinal vu à des étapes historiques différentes.

V. La continuation dans les KRUR 1929 : correspondances ultérieures

Dans la troisième année de la revue, KRUR reprend et étend le discours de la morphologie occulte dans des articles successifs. Les principales extensions :

  • Correspondance avec les planètes : les sept planètes traditionnelles se fixent dans les sept chakras ou centres de la tradition indienne, et dans les sept niveaux du corps de l'initié — Saturne dans les os (calcium), Jupiter dans le foie, Mars dans les muscles et le sang artériel, Soleil dans le cœur, Vénus dans les reins, Mercure dans le système nerveux (caducée), Lune dans la lymphe et les liquides corporels. C'est la même correspondance qui revient dans la tradition alchimique européenne (cfr. Alchimia e Magnetismo sect. IV) et dans l'ayurveda
  • Correspondance avec les Trois Mondes : l'homme inférieur correspond au monde de la génération et de la corruption (Terre) ; l'homme médian au monde du rythme, du « son spirituel », du sambhogakāya (Atmosphère, Monde des Formes) ; l'homme supérieur au monde de l'illumination et du Vide, dharmakāya (Ciel, Monde sans forme). La structure bouddhiste des trois corps du Bouddha (trikāya) est reconnue comme la même que la tripartition corporelle de l'homme
  • Correspondance avec les constitutions tempéramentales : les tempéraments hippocratiques (sanguin, bilieux, mélancolique, flegmatique) se relisent en clé alchimique comme différentes proportions des trois principes (Mercure nerveux, Soufre sanguin-végétatif, Sel osseux-saturnien) chez l'individu

Sous cet éclairage, la morphologie occulte n'est pas une pseudoscience obsolète mais une grille diagnostique vivante qui permet au maître de lire le disciple — d'en voir le tempérament dominant, les déséquilibres, les tendances, les obstructions — et de lui prescrire le travail le plus adapté à son type. C'est en ce sens une discipline pré-magnétique essentielle : le magnétiste qui ne sait pas lire la morphologie occulte du sujet risque d'appliquer une action magnétique inappropriée au type.

VI. Vers une morphologie symbolique ou perçue

La morphologie occulte du Groupe d'UR est le point de départ de ce que l'École Paret-ISI-CNV appelle aujourd'hui morphologie symbolique ou morphologie perçue — une discipline de la reconnaissance immédiate des réalités subtiles à travers l'observation attentive du corps et de sa manière d'être au monde. Il s'agit de la même science, reprise avec des outils et des langages renouvelés :

  • De l'observation du rythme respiratoire d'une personne se lit l'état de son siège médian (cœur-sang-émotions)
  • De l'observation du port osseux (épaules, colonne, bassin) se lit l'état de son « Homme de Saturne » — sa discipline intérieure, sa clarté de volonté, son enracinement
  • De l'observation du visage (expression, couleur, luminosité, mobilité) se lit la qualité du siège supérieur — la clarté de la pensée, la domination sur l'imagination, la présence
  • De l'observation du ton du sang (chaleur de la peau, vivacité du pouls, qualité du regard) se lit son siège médian actif
  • De l'observation de l'œil (regard fixe ou errant, lumineux ou opaque, profond ou superficiel) se lit le degré d'intégration des trois sièges

Cette approche constitue le présupposé nécessaire de tout travail magnétique authentique, et c'est l'une des compétences que le maître transmet au disciple. C'est aussi, sous des formes qui ont perdu la conscience de leur origine hermétique, ce que tout clinicien expert, tout guérisseur intuitif, tout médium traditionnel, tout grand metteur en scène ou portraitiste sait faire instinctivement — lire dans le corps les réalités invisibles qu'il exprime.

La présente page reste ouverte à des extensions ultérieures à mesure que le travail de l'École sur la morphologie symbolique/perçue produira d'autres formulations et matériaux.

VI-bis. Les trois plans physique, vital, psychique de l'École Paret

L'École Paret-ISI-CNV, dans ses leçons doctrinales (cours Mesmerismus Level 1, Mesmerismus 2, Ultimate, Advanced), distingue opérationnellement trois plans de travail sur le sujet et sur soi-même : le plan physique, le plan vital (ou émotionnel-énergétique), le plan psychique (ou mental). Cette tripartition — d'usage quotidien dans la didactique de l'École, particulièrement lorsqu'on enseigne les techniques de magnétisme, de fluidification, de fascination, de travail sur les dépendances — n'est pas une invention moderne mais elle est la reproposition opérationnelle, dans le langage italien contemporain accessible à l'élève, de la même doctrine des trois esprits que la Spirituslehre de la Renaissance avait transmise et que KRUR reprend dans ses Notes sur la Morphologie Occulte de 1928.

Les correspondances sont système par système :

  • Plan physique de l'École Paret = spiritus naturalis de la tradition galénique-paracelsienne = système de la vie végétative de KRUR = âme végétative d'Aristote = corps physique dans la terminologie théosophique du vingtième siècle = couleur verte hermétique. C'est le plan du corps comme matière ressentie, du souffle comme rythme basal, du poids du corps sur la chaise, du cinesthésique (défini par le Dr Marco Paret « le sens le plus primitif de tous »). Dans les leçons Mesmerismus, Marco insiste à plusieurs reprises : « cette matière ne peut être apprise que du point de vue physique, elle ne peut être apprise intellectuellement, vous devez sentir avec votre corps ». Le travail sur le physique part toujours des Charges du souffle, du sentir ses pieds sur le sol, du percevoir la verticale (Hara)
  • Plan vital de l'École Paret = spiritus vitalis / Calor Innatus de la tradition = système sanguin de KRUR (la « Croix cosmique » du sang) = âme sensitive d'Aristote = corps éthérique-astral de la théosophie (en partie) = couleur rouge hermétique. C'est le plan du fluide magnétique, du

Cette page fait partie du Wiki de la Méthode Paret, l'ensemble de recherches sur le mesmérisme, la fascination et l'hypnose non verbale dirigé par le Dr Marco Paret, créateur de la méthode Mesmerismus®. La pratique s'apprend dans les séminaires de l'École du Dr Marco Paret : www.marcoparet.com.