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Le Réveil est le thème-axe de toute la tradition hermétique et initiatique documentée dans cette wiki. Tout ce que les autres pages décrivent — alchimie et magnétisme, chaînes magnétiques de loge, Arcana Arcanorum, IAO, quatre corps, Tradition Hermétique d'Evola et Reghini, Fedeli d'Amore, Mystère du Graal, Kremmerz et Ordre Osiréen, Crata Repoa, Cagliostro — sont des voies différentes vers un seul but : le réveil de l'homme du sommeil ordinaire de la conscience samsarique. Le livre d'Evola de 1943, La Dottrina del Risveglio, est le texte-pivot qui expose le cadre : le bouddhisme originel non comme religion confessionnelle mais comme ascèse virile de la libération, traduction orientale-aryenne de la même science initiatique que la tradition hermétique exprime en langage alchimique, et que l'École Paret pratique aujourd'hui dans ses travaux.

📿 Le tre pagine della presenza

La Présence traverse trois pages-axes complémentaires de la wiki, à lire comme un seul mouvement :

  1. Presenza Integrale™ — la dimension neurologique-corporelle de l'École (protocole Charges, Point de Référence, Stop, Hara). L'état intégré de la partie neurologique
  2. La Presenza (tradizione ermetica) — la dimension hermético-initiative : la présence dans les textes d'UR-KRUR, chez Reghini, chez Giudicelli, et comme clé herméneutique de toutes les techniques du travail hermétique vrai
  3. Il Risveglio — la dimension de l'accomplissement (Evola, Dottrina del Risveglio 1943) : le passage au-delà de la présence dans l'état réalisé

On dit dans la tradition que celui qui est dans la présence a déjà un pied dans le réveil.


I. La séquence : présence → réveil → au-delà

La formulation fondamentale est : le Réveil naît de la présence et va au-delà. La séquence a trois moments :

  1. Sommeil — la condition ordinaire de l'homme : identification avec corps-émotions-pensées, dispersion dans les réactions externes, séquence mécanique de stimulus-réponse, manque d'un centre stable. Bouddhisme : moho (illusion, aveuglement) ; hermétisme : Saturne-plomb (la matière non travaillée) ; christianisme ésotérique : le « sommeil de la Belle au Bois Dormant » ou le sommeil des disciples à Gethsémani.
  2. Présence — le premier pas concret. Commencer à être présent à soi-même. Ne plus s'identifier aveuglément avec les contenus de la conscience mais les observer. Dans le bouddhisme Pli : sati (mémoire de soi, attention consciente, mindfulness) et sammā-sati (juste conscience, septième élément du Noble Sentier Octuple). Dans l'École : « être là », « être présent », « veiller ». Dans le kremmerzisme : « la garde du cœur ». Chez Gurdjieff : « self-remembering ».
  3. Réveil — le passage au-delà. La présence, maintenue et approfondie, devient réalisation d'une conscience plus ample que celle ordinaire — sidereal awareness dans le lexique évolien (cf. sect. V), bodhi dans le lexique bouddhiste, Grand Œuvre au Rouge dans le lexique alchimique, réunion avec l'Atman-Shiva dans le lexique hindou. Ce troisième moment va au-delà de la présence ordinaire car ce n'est plus « un moi qui est présent à lui-même » mais une conscience universelle qui se reconnaît.

II. Le livre d'Evola de 1943 : contexte et thèses

[VÉRIFIÉ] Julius Evola publie en 1943 chez Laterza (le même éditeur que La Tradizione Ermetica 1931 et du Mistero del Graal 1937) le livre La Dottrina del Risveglio, premier livre évolien traduit en anglais (Luzac, Londres, 1951, puis Inner Traditions 1996 trad. H. E. Musson). Evola déclare dans l'autobiographie Il cammino del cinabro que le livre « paie une dette que j'avais envers la doctrine de Buddha », qui avait eu « une influence décisive en m'aidant à surmonter la crise intérieure vécue juste après la Première Guerre mondiale ».

Les thèses principales du livre :

  1. Le bouddhisme originel des écritures Pli (Sutta-piaka, Majjhima-nikāya, Dīgha-nikāya, Samyutta-nikāya, Anguttara-nikāya, Dhammapada) n'est pas une religion dévotionnelle mais une ascèse virile de libération
  2. L'aryanité de la doctrine (titre du chap. 2) : le terme ariyo dans les textes Pli n'est pas racial mais spirituel-aristocratique — il désigne une « classe d'élus » qui pratique la discipline de la libération, opposée à la masse des puthujjana (hommes communs)
  3. Le Bouddha (Prince Siddhattha) était un ksatriya (caste guerrière-royale), non un brahmane : son ascèse est virile, combattante, tranchante — non sentimentale, non dévotionnelle, non piétiste
  4. La doctrine du Réveil est intégralement applicable aujourd'hui par quiconque a la vocation : ce n'est pas un folklore oriental mais une science initiatique universelle
  5. Les traditions occidentales — hermétisme, alchimie, néoplatonisme, Tradition Hermétique italienne — décrivent le même parcours dans un lexique différent

III. Deux voies complémentaires : sèche (Dottrina del Risveglio) et humide (Yoga della Potenza)

[VÉRIFIÉ] La préface à l'édition 1996 clarifie la place du livre dans l'œuvre évolienne :

« Tandis que dans The Yoga of Power [publié en 1949, six ans après] Evola avait indiqué une "voie humide", la voie "d'affirmation, d'assomption, d'usage et de transformation des forces immanentes qui sont libérées jusqu'à ce qu'on arrive au réveil de Shakti, qui est la racine de pouvoir de toute énergie vitale et spécialement du sexe", dans la Dottrina del Risveglio il indique une "voie sèche", une approche intellectuelle de pur détachement. Certains ont pensé à ces voies comme opposées, mais Evola les a explicitement déclarées "équivalentes, en ce qui concerne le but ultime, pourvu qu'elles soient suivies jusqu'au bout, même si l'une peut être plus adaptée qu'une autre pour certains types humains" [...]. Doctrines qui ont indiqué des voies différentes pour atteindre le même but, c'est-à-dire le déconditionnement de l'être humain, le réveil illuminé ».

Point-clé pour le cluster : le réveil est le but unique ; les voies sont différentes selon le tempérament :

  • Voie sèche (Dottrina del Risveglio, 1943) — intellectuelle, de pur détachement, réservée aux tempéraments froids, lucides, ksatriya. Exemple : le bouddhisme originel, le Zen, certaines lignes du stoïcisme, l'apatheia néoplatonicienne
  • Voie humide (Yoga della Potenza, 1949) — participative, d'assomption et de transformation des énergies vitales (spécialement sexuelles, Shakti), réservée aux tempéraments chauds, énergétiques, vira. Exemple : le tantrisme de la main gauche, l'alchimie interne taoïste, certaines pratiques kremmerziennes (voir Kremmerz e Ordine Osirideo Egizio), certaines lignes des mystères dionysiaques

Les deux voies sont équivalentes si menées jusqu'au bout. Erreur fréquente : choisir une voie par tempérament et mépriser l'autre, ou les mélanger sans ordre. L'École Paret-ISI-CNV — comme une grande partie de la tradition italienne — opère principalement sur la voie humide (kremmerzienne, magnétique, participative) mais intègre des éléments de la voie sèche comme correctif (présence, détachement, auto-analyse).

IV. La structure du livre

Le livre est en deux parties pour 19 chapitres :

Partie I — Principes (7 chap.)

  • 1. Variété d'ascèses — typologie des voies ascétiques et place du bouddhisme
  • 2. L'aryanité de la doctrine du Réveil — le terme ariyo comme catégorie spirituelle-aristocratique, non raciale ; synthèse de la thèse
  • 3. Le contexte historique de la doctrine du Réveil — l'environnement indien du VIe siècle av. J.-C., la décadence du brahmanisme, l'émergence de l'opposition ksatriya
  • 4. Destruction du Démon de la Dialectique — le renoncement du Bouddha aux disputes métaphysiques (les « quatorze questions indéterminées ») comme acte de silence opératif qui tranche la stérilité des spéculations
  • 5. La Flamme et la conscience samsarique — la nature de la conscience ordinaire comme flamme (santāna, « courant ») qui s'alimente de sa propre consumation : la métaphore du feu-soif (tanhā) qui se nourrit de sa propre satisfaction
  • 6. Genèse conditionnée (paticca-samuppāda) — la doctrine des douze nidāna, les chaînes causales qui génèrent et maintiennent la conscience samsarique
  • 7. Détermination des vocations — qui peut entreprendre le chemin : la catégorie de la « vocation » comme précondition (non pas qui veut, mais qui est « appelé »)

Partie II — Pratique (12 chap.)

  • 8. Qualités du combattant et « départ » — l'initié comme combattant (yodha, vīra) qui quitte la condition ordinaire
  • 9. Défense et consolidation — la discipline morale (sīla) comme plateforme (non comme fin en soi)
  • 10. Rectitude — la rectification intégrale du comportement (corps, parole, esprit)
  • 11. Conscience sidérale : les blessures se ferment — voir sect. V de cette page (chapitre central)
  • 12. Les Quatre Jhāna : les "Contemplations Irradiantes" — voir sect. VI
  • 13. Les états libres de la forme et l'Extinction — les quatre états arūpa (sans forme) et le nirodha (cessation)
  • 14. Discrimination entre les "pouvoirs" — les pouvoirs psychiques (siddhi, abhiññā) et l'avertissement de ne pas les confondre avec le but
  • 15. Phénoménologie de la Grande Libération — la description phénoménologique du nibbāna
  • 16. Signes du Sans-Pareil — les attributs du Bouddha réalisé (uttamapurisa, « homme suprême »)
  • 17. Le Vide : "Si l'esprit ne se brise pas" — la doctrine du suññatā (vacuité) comme libération finale
  • 18. Jusqu'au Zen — la continuation chinoise-japonaise de la doctrine (ligne authentiquement bouddhiste, distincte du mahāyāna dévotionnel)
  • 19. Les Ariya sont encore réunis sur le Pic du Vautour — clôture : la disponibilité actuelle de la voie pour qui a la vocation

V. La « conscience sidérale » (chap. 11) — le cœur pratique de la page

[VÉRIFIÉ] Le chap. 11 — Sidereal Awareness: The Wounds Close (Conscience sidérale : les blessures se ferment) — est le cœur pratique du livre et le point où la page-thème de la wiki trouve sa formulation la plus précise.

« Sidereal » (siderea) signifie : de nature astrale, lucide, froide comme une étoile. La conscience sidérale est la qualité d'une conscience qui observe sans être impliquée, comme une étoile irradie sans être touchée par ce qu'elle éclaire. C'est la présence qui devient réveil.

Les techniques spécifiques qu'Evola extrait des textes Pli (Majjhima-nikāya 62, Anguttara-nikāya 5.96, Dīgha-nikāya 22) pour la réalisation de la conscience sidérale sont quatre :

(a) Le souffle conscient (ānāpānasati)

[VÉRIFIÉ] « D'une pure maîtrise corporelle, nous passons à la maîtrise psychique, et on utilise des formules comme celles-ci : "Je veux inspirer en ressentant de la joie, je veux expirer en ressentant de la joie" ; "Je veux inspirer en ressentant l'esprit, je veux expirer en ressentant l'esprit" ; "Je veux inspirer en réjouissant l'esprit, je veux expirer en réjouissant l'esprit" ; "Je veux inspirer en concentrant l'esprit, je veux expirer en concentrant l'esprit" : et la même chose pour le relâchement. Enfin, le souffle conscient est pratiqué avec d'autres contemplations et états [...] ».

Point-clé : le souffle est retiré de l'automatisme, rendu conscient, placé devant soi : « se plaçant soi-même devant son propre souffle et son propre souffle devant soi-même, expérimentant le souffle essentiellement comme prana, comme force vitale du corps ». Le souffle devient dispositif de présence — exactement comme dans les pratiques du souffle tripartite et des trois champs de cinabre (Boyer), même si en langage bouddhiste.

Citation décisive du Majjhima-nikāya 62 (118) et Anguttara 10.60 : « même les derniers souffles cessent conscients, non inconscients ». Le point-cardinal de toute l'ascèse : il s'agit d'être conscient jusqu'au dernier instant de la vie, y compris de son propre mourir (cf. La Doctrine du Corps Immortel sect. III sur la mort philosophale comme épreuve).

(b) Contemplation du corps (kāyānupassanā)

[VÉRIFIÉ] « Contemplation du corps et de toutes ses parties, avec la froideur et la précision d'un chirurgien lors d'une autopsie. La formule canonique est : "Voici, ce corps porte un cuir chevelu, a des poils, des ongles, des dents, de la peau, de la chair, des tendons, des os, de la moelle, des reins, un cœur, un foie, un diaphragme, une rate, des poumons, un estomac, des intestins, des membranes, des excréments, de la bile, du flegme, du pus, du sang, de la sueur, de la lymphe, des larmes, de la graisse, de la salive, du mucus, du liquide articulaire, de l'urine" ».

Le but est [VÉRIFIÉ] « toujours le même : se désidentifier, créer un détachement : "Ceci est moi, ceci est mon corps, il est fait ainsi et ainsi, composé de ces parties, de ces éléments" ». Exercice d'une froideur chirurgicale qui n'est pas mépris du corps (erreur fréquente des interprétations ascétiques chrétiennes) mais reconnaissance objective de sa propre composition : « je suis ceci » ; mais aussi « je ne suis pas seulement ceci ». La conscience sidérale surgit de l'espace qui se crée entre l'observateur et l'observé.

(c) Contemplation des quatre grands éléments (mahābhūta)

[VÉRIFIÉ] « Pour le troisième exercice, le corps est considéré comme fonction des quatre "grands éléments" qui y sont présents. Que ce soit en mouvement ou au repos, l'ascète doit considérer le corps qu'il porte comme fonction de ces éléments : "Ce corps consiste en l'élément terre, l'élément eau, l'élément feu, l'élément air" ».

Point historiographique décisif : [VÉRIFIÉ] « Pour l'homme antique, en réalité, le "grand élément", mahābhuta, n'était pas considéré simplement comme "état de la matière", mais plutôt comme manifestation de forces cosmiques comme les éléments qui étaient enseignés par les anciennes et médiévales traditions occidentales ». Les quatre éléments bouddhistes sont les mêmes quatre éléments alchimiques de la tradition hermétique occidentale : terre (corps solide), eau (humeurs, fluides, corps lunaire de Boyer), feu (chaleur vitale, mercure du souffle), air (respiration, souffle, corps aérien de Boyer).

Le corps humain est nœud de la chaîne d'or cosmique (cf. Athanasius Kircher SJ alchimista e magnetista sect. V) — participation individuelle de l'universel.

(d) La cessation progressive des réactions (« les blessures se ferment »)

Point-clé du titre du chapitre. Avec la pratique progressive de la conscience sidérale, les réactions émotionnelles ordinaires (l'esprit qui réagit à chaque stimulus comme une plaie ouverte qui saigne) cessent spontanément : les blessures se ferment. Non par répression (les émotions supprimées reviennent pires) mais par cicatrisation — l'observation consciente d'un phénomène est déjà son dépassement.

Le principe est homologue à celui kremmerzien de la « garde du cœur » (surveiller les affects sans en être pris) et à l'avertissement évolien dans la Tradizione Ermetica sur l'œuvre au noir : le plomb doit être reconnu, non retiré, et de la reconnaissance surgit sa transmutation.

VI. Les Quatre Jhāna comme « Contemplations Irradiantes » (chap. 12)

[VÉRIFIÉ] Le chap. 12 expose la phénoménologie des quatre jhāna — les quatre stades de la méditation profonde. Point-clé terminologique d'Evola :

« Le terme jhāna est traduit par certains comme "approfondissement de soi" (Selbstvertiefung), une traduction qui devrait être retenue : en effet, dans les disciplines dont nous parlerons, nous aurons affaire à une descente à travers des purifications et simplifications successives dans les niveaux les plus profonds de son propre être, où, chez l'homme commun, nous trouvons le règne du subconscient. Nous parcourons donc la même voie marquée par la maxime hermétique et alchimique : "Visita interiora terrae, rectificando invenies occultum lapidem, veram medicinam" [Visite l'intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre occulte, la vraie médecine — formule VITRIOL des rosicruciens] ».

Convergence décisive relevée par Evola en note de bas de page : « Voir notre ouvrage, The Hermetic Tradition' » — Evola en personne déclare en 1943 que les jhāna bouddhistes sont l'œuvre hermétique de 1931. Le VITRIOL alchimique (descente au centre de la terre intérieure + rectification + découverte de la pierre) est la pratique bouddhiste des quatre jhāna en langage occidental. Les deux traditions sont la même tradition dans des lexiques différents.

[VÉRIFIÉ] Avertissement méthodologique fondamental d'Evola contre les interprétations passives : « Moins heureuse [...] est la traduction de jhāna comme Versenkungen ("enfoncements") et encore pire comme "transe" ou "ravissements" parce que le sens normal de ces termes est exactement l'opposé de ce dont nous traitons ici. Le terme "transe" nous fait immédiatement penser à l'état d'un "médium", un état passif de subconscience, de subpersonnalité et d'obsession, tandis que l'ascèse aryenne est caractérisée par la superconscience, par la pleine activité et l'autoconscience. De même, le terme "ravissement" implique une idée de passivité extatique et a une saveur mystico-religieuse, aucun des deux n'a grand-chose à voir avec les états dont il est question ici ».

Point critique : le Réveil n'est pas un état de transe, ce n'est pas une dissociation, ce n'est pas une perte de soi, ce n'est pas une extase dévotionnelle, ce n'est pas « partir ailleurs ». C'est super-conscience : pleine présence active sur un plan plus ample que celui ordinaire. La différence est nette :

  • Transe / médiumnité / somnambulismesous la conscience ordinaire : la conscience s'atténue, des contenus subliminaux émergent, la personne se vide
  • Jhāna / Réveil / Awakeningau-dessus de la conscience ordinaire : la conscience se renforce et se clarifie, la personne est plus éveillée que dans la veille quotidienne, pas moins

Le point est vital pour l'École : ne pas confondre le réveil avec les phénomènes médiumniques (que l'École reconnaît réels mais place sous le niveau du travail initiatique). La « chaîne magnétique de loge » (cf. Le Catene Magnetiche di Loggia) peut produire des phénomènes médiumniques et des phénomènes initiatiques — mais ce sont deux états différents, distincts par la qualité de la présence.

Schéma des quatre jhāna

  1. Premier jhāna — encore présents vitakka (réflexion discursive) et vicāra (examen), accompagnés de pīti (joie) et sukha (félicité) nés du calme
  2. Deuxième jhāna — vitakka et vicāra cessent (l'esprit s'arrête) : restent pīti et sukha générés par la concentration (samādhi)
  3. Troisième jhāna — cesse aussi pīti : reste sukha (félicité subtile) + conscience sidérale pleine (sati plein) + équanimité (upekkhā) + claire compréhension (sampajañña)
  4. Quatrième jhāna — cessent sukha et dukkha (les polarités du sentir) : pure conscience-équanimité (upekkhā-sati-pārisuddhi)la conscience pure purifiée par la conscience-équanimité

Au-delà des quatre jhāna s'ouvrent les états arūpa (sans forme) : espace infini, conscience infinie, néant, ni-perception-ni-non-perception. Et au-delà : le nirodha (cessation) et le nibbāna (extinction). Voir chap. 13 du livre.

VII. Le Réveil dans les autres traditions du cluster wiki

Le Réveil est le thème unique qui traverse toutes les pages déjà publiées, dans un lexique différent :

Tradition hermétique alchimique

  • Evola e Reghini e la Tradizione Ermetica — l'œuvre aux trois couleurs (noir/blanc/rouge) est la séquence de transmutation qui mène du plomb (sommeil/mort/identification) à l'or (réveil/vie/conscience universelle). La mort philosophale (Nigredo) est le premier « réveil » : l'initié prend conscience de son sommeil et « meurt » à son identité ordinaire
  • VITRIOL (Visita Interiora Terrae...) — la formule citée par Evola lui-même comme équivalent des quatre jhāna : rectificando (rectifiant) = bhāvanā (développement, cultivation de la conscience) ; occultum lapidem (la pierre occulte) = bodhi (illumination)
  • Kircher et la lumière-aimant — l'Aimant Céleste qui attire toutes choses est le même but du Réveil bouddhiste, en langage jésuitico-hermétique

Tradition magnétique et de loge

  • Le Catene Magnetiche di Loggia — la chaîne est dispositif pour produire un réveil collectif : les opérateurs entrent ensemble dans un état de conscience intensifiée. C'est un moyen ; le but est le réveil individuel des participants
  • Alchimia e Magnetismo — la doctrine de la « occulta vis » est le correspondant magnétique du Réveil : « reconnaître la force unique qui opère en tout » est la même chose que « reconnaître la nature de la conscience » dans le bouddhisme
  • La Massoneria Mesmerica — Mesmer voulait guérir les corps ; mais beaucoup de ses somnambules accédaient à des états qui frôlaient le Réveil (visions vraies, connaissances au-delà du normal). La différence était le manque d'une doctrine systématique du Réveil qui oriente l'expérience

Tradition opérative

  • Il Lavoro sui Quattro Corpi dellUomo — le « corps solaire » est le siège du Réveil : c'est le corps que la pratique bouddhiste, alchimique, magnétique construit simultanément
  • Il Respiro Tripartito e i Tre Campi di Cinabro — le souffle conscient bouddhiste (ānāpānasati) est la même pratique du souffle tripartite taoïste-italien : dispositif de présence qui devient réveil
  • IAO — la voyelle-formule initiatique est nom du Réveil dans la tradition méditerranéenne : I-A-O comme trois phases (l'esprit qui descend, l'union, l'esprit qui remonte, semblable aux trois couleurs alchimiques)
  • Arcana Arcanorum — les 4 degrés 87°-90° du Misraïm sont quatre phases du Réveil en langage maçonnique du XVIIIe siècle
  • La doctrine du Corps Immortel (Giudicelli 1988) — le Corps Immortel est celui qui reste après le Réveil complet : la présence pure sans plus de matière mortelle qui la soutienne
  • Le Filiazioni dei Riti Egizi — les rites égyptiens sont voies collectives vers le Réveil : la « mort d'Osiris » du candidat et sa « résurrection » comme Horus est une formulation rituelle de la même expérience que le Réveil bouddhiste décrit en formule psychologique

Tradition médiévale italienne

  • I Fedeli d'Amore — l'amour-Dame Unique est dispositif de réveil : l'initié ne « s'éprend » pas de la femme ordinaire mais se réveille à la Sagesse Divine (Sophia, Pistis Sophia, Béatrice). Cecco d'Ascoli : « Dunque io sono Ella » — formule exacte du Réveil non-dualiste
  • Il Mistero del Graal secondo Evola — la Quête du Graal est la même que le Chemin du Réveil : le chevalier et le moine font le même voyage. Le Graal est ce que l'on trouve au réveil. La « Pierre de Lumière » de Wolfram (lapsit exillis) est la même que l'on trouve « en rectifiant » dans VITRIOL, que l'on trouve au fond de l'œuvre au rouge, que l'on trouve dans le quatrième jhāna

Tradition magnético-égyptienne

  • Kremmerz et la Fraternité de Myriam — Kremmerz parle d'« endormissement des facultés humaines » (sommeil samsarique) et de « dégagement » (réveil) — même cadre que le bouddhisme, en langage marial-égyptien italien du XIXe siècle
  • Cagliostro e il Rito Egizio — la « régénération physique et morale » cagliostrienne est formulation du XVIIIe siècle du Réveil

VIII. La « présence qui va au-delà » : note technique

Point subtil et décisif pour qui cherche opérativement. La présence ordinaire (être attentif à soi-même, se souvenir d'exister tout en faisant quelque chose) est nécessaire mais non suffisante pour le Réveil.

Il existe une présence fermée — l'initié concentré sur lui-même, attentif à ses propres réactions, mais encore identifié avec son propre moi individuel. C'est un premier niveau, indispensable, mais ce n'est pas encore le Réveil. C'est ce que Gurdjieff appelle "self-remembering" et qui seul ne suffit pas.

Le Réveil est la présence qui s'ouvre, va au-delà d'elle-même et reconnaît que la conscience qui observe n'est pas "tienne" — c'est une conscience universelle qui opère à travers toi. Bouddhisme : anattā (non-soi, vacuité du sujet individuel). Vedānta : Tat tvam asi (Tu es Cela). Hermétisme : l'initié est le Mercure du cosmos, non un mercure personnel. Christianisme ésotérique : « ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi » (Paul, Galates 2,20). Kremmerz : « le moi qui n'est plus moi ».

Le passage de la présence fermée à la présence ouverte est le point-cardinal — et il n'est pas mécanique. Il requiert :

  • du temps (années de pratique de la présence fermée)
  • de la discipline (sīla, éthique organisée, vie ordonnée)
  • une occasion (une crise, une douleur, une beauté, une chaîne de loge, un voyage intérieur)
  • une vocation (l'« appel » dont parle Evola au chap. 7 — tous ne sont pas appelés à cela, et l'auto-illusion est grave)